Edouard Martin, du syndicalisme à la politique

REPORTAGE

L’ancien leader CFDT chez ArcelorMittal
sera tête de liste PS dans sa région aux européennes.
Un choix qui fait grincer des dents. Rencontre.

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Edouard Martin, candidat PS aux élections européennes. © France 2.

Il reçoit toujours au local CFDT. Seul. Le drapeau orange vif du syndicat accroché sur le mur bleu ciel domine la pièce.
Au-dessus : des photos de la «lutte» des sidérurgistes d’ArcelorMittal de Florange pour empêcher la fermeture des derniers hauts fourneaux français.
Depuis le 17 décembre, Edouard Martin, 50 ans, a changé de rôle. Il n’est plus le gentil leader syndical français en lutte contre le méchant milliardaire indien Lakshmi Mittal, que les médias aimaient adorer. Mais le «traître», celui qui «va à la soupe», manger dans «la main de ses bourreaux». Celui qui avait accusé François Hollande et Jean-Marc Ayrault de «trahison», face caméra et les larmes aux yeux, le jour de leur refus de nationaliser Florange, se voit accusé de «tomber dans la récupération» socialiste.
«Pour l’UMP, nous sommes des gueux»
Martin sait qu’il va devoir passer la campagne électorale à se justifier. Seul. Les responsables presse du PS l’ont accompagné dans ses premiers rendez-vous, mais ses nouveaux camarades ont été absents des plateaux télé pour le défendre face aux salves de la droite et du Front national. Que José Bové ou Christian Jacob, ex-syndicalistes agricoles, fassent aujourd’hui carrière chez les écologistes et à l’UMP ne choque pas. Pas plus de voir l’ancien leader cheminot CGT, Didier Le Reste, aujourd’hui PCF, se présenter sur une liste d’union avec le PS aux municipales à Paris. Martin a un autre exemple pour contrer la droite : «Et M. Beigbeder ? Il n’avait pas de fonction au Medef ? Ils l’ont oublié M. Copé et Mme Morano ?»
«La vérité c’est que ma candidature, ça les emmerde, poursuit-il. Ils sont dans une catégorie d’élus qui pense que la politique c’est pour les grands et que nous, on doit rester dans le bac à sable. Combien l’UMP a présenté d’ouvriers en tête de liste ? Pour eux, on est des gueux.» L’ex-leader syndical prend soin de rappeler qu’il a «rendu tous [ses] mandats» avant de toper avec le PS. 
Le PS, son parti de cœur

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Le candidat Hollande avec le syndicaliste, à Florange
durant la campagne présidentielle.

Mais pourquoi le PS ? «J’ai toujours voté socialiste», répond cet électricien de formation. Il n’a jamais eu sa carte et ne la prendra pas, «pour ne pas être prisonnier d’un discours». «Que le PS dérive vers la social-démocratie ou le social-libéralisme ? Peut-être… Mais le PS, ce n’est pas seulement François Hollande. Ce parti appartient à ses militants. Et j’en connais beaucoup qui sont tristes de la manière dont le PS dirige ce pays.» Si Martin ne compte pas faire campagne en «tapant» sur la politique des socialistes, il a prévenu qu’il ne fallait pas «compter» sur lui «défendre le gouvernement». «Je fais partie de ces gens qui ont voté François Hollande et sont déçus. Les résultats ne sont pas là. Il faut arrêter de faire des cadeaux à coups de milliards aux grandes entreprises.» Entendre le chef de l’Etat estimer que le problème des entreprises est «le coût de la main-d’œuvre» le met hors de lui : «Ce sont les citoyens qui créent de l’emploi. On ne leur donne pas les moyens de consommer !»
Edouard Martin n’a pas participé aux premières réunions de campagne à Solférino. Sa première rencontre avec Catherine Trautmann, numéro 2 sur sa liste, a eu lieu hier à Metz. Toujours salarié d’ArcelorMittal, l’ex-leader syndical va utiliser son compte épargne-temps pour la campagne. Il n’a pas encore d’équipe et a prévenu le PS qu’il souhaitait «choisir [ses] collaborateurs».«Je ne parle pas de ma famille !» précise-t-il, sans savoir que le règlement intérieur du Parlement de Strasbourg interdit aux eurodéputés d’embaucher sa femme ou ses enfants. Une fois élu, Edouard Martin a prévu de rester vivre à Thionville. Avec sa compagne et sa fille de 17 mois. «Si je m’expatrie, ça va être quoi mon cercle d’amis ?» lance-t-il. Avec la peur, cette fois, d’être vraiment seul.

Lilian ALEMAGNA envoyé spécial en Moselle

VOIR NOTRE VIDÉO. Candidature PS : quand Édouard Martin disait “non”


Candidature PS: quand Édouard Martin disait “non” par LeHuffPost

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