Oenotourisme, la France rattrapera-t-elle son retard ?

 

FAITES un test. Parlez d’oenotourisme autour de vous et comptabilisez : une bonne moitié de vos interlocuteurs vous fera répéter ou vous regardera avec des yeux ronds. C’est dire si la notoriété de cette activité est encore balbutiante… Heureusement, la France pourrait bientôt combler son retard. Car la filière vitivinicole, globalement en crise, semble avoir pris conscience des multiples avantages de l’oenotourisme.

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Vacances, vin et découverte, l’équation gagnante.

 

Pourtant, la Route des vins de Bourgogne existe depuis les années 1970, celle des vins d’Alsace depuis 1953 – la région fait même toujours figure de pionnière avec 20 % de sa production vendue en direct, contre 8 % au niveau national. Mais, en France, le tourisme viticole ne connaît de réel développement que depuis environ cinq ans. Un cas à part dans le paysage mondial. Un marché au potentiel énorme pour un pays comme le nôtre, qui voit passer 76 millions de touristes chaque année, et que le rapport de Paul Dubrule (fondateur du groupe Accor et ex-président de Maison de la France) vient d’estimer à 7 millions de personnes. Les offices, comités régionaux et départementaux du tourisme l’ont bien compris. Ils ont tous, d’une manière générale, engagé des actions concrètes en partenariat avec les comités interprofessionnels de leur région respective.

C’est ainsi que le Château d’Arsac (Médoc) se retrouve inclus dans le circuit « Art et Vin, itinéraire d’un amateur en Médoc », l’un des sept circuits clefs en main proposés par l’office du tourisme de Bordeaux, auxquels les plus grands noms de la région sont associés, du Château Smith Haut-Lafitte à Pape-Clément ou Carbonnieux. En même temps que la création de deux postes dédiés à l’oenotourisme il y a trois ans, l’office bordelais s’est aussi doté d’un comptoir spécifique pour aider les visiteurs à construire leurs vacances dans les vignes.

Une offre à développer

La plupart des régions, de même que les comités interprofessionnels du vin, développent circuits, guides, chartes d’accueil. Ainsi, Inter Rhône vient de publier le guide Tourisme et vignoble en vallée du Rhône (3 eur ) qui recense les 421 caveaux adhérents à sa charte « Côtes du Rhône, terroirs d’accueil ». Présence de points d’eau, de verres propres, de toilettes, mais aussi d’une solution d’hébergement ou de restauration sont mentionnés. Une base de données complète que l’on peut retrouver sur leur site Internet. Le comité interprofessionnel des vins de Bourgogne a lui aussi édité une carte de la Route des vins recensant, au dos, les 300 membres adhérents à la charte d’accueil de Vignes en caves.

Autant d’initiatives nécessaires, mais certainement pas suffisantes pour attirer une clientèle toujours avide d’originalité. « Les gens nous demandent souvent des produits qui n’existent pas encore », souligne André Deyrieux, créateur du premier site consacré à l’oenotourisme (www.winetourisminfrance.com) qui enregistre déjà 1 000 visiteurs par jour, moins d’un an après son lancement.

 

 

Oenotourisme, rude concurrence mondiale 

 

 

L’exemple de Bordeaux Saveurs (encadré + diaporama)

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Jean-Michel Cazes, propriétaire du grand cru classé de Lynch Bages, à Pauillac, a développé « Bordeaux Saveurs » dès 1989, une entité regroupant notamment le Relais & Châteaux de Cordeillan-Bages, aujourd’hui dirigé par Thierry Marx, l’École du vin, une école de cuisine, une agence de voyage spécialisée dans les séjours thématiques autour du vin (golf et vin, architecture et vin) et le village de Bages. Une ruine il y a encore deux ans, qui compte aujourd’hui une boulangerie, un café-brasserie, des maisons d’habitation, des ateliers d’artistes contemporains et devrait compter prochainement une salle de cinéma et une médiathèque traitant de l’aspect culturel du vin…
Au-delà de sa passion pour les vieilles pierres, l’homme a compris qu’il devait replacer le produit dans son environnement et le croiser avec d’autres univers comme la gastronomie ou l’art. Faire du vin un produit vivant, enraciné dans un terroir auquel le visiteur va s’attacher, et non plus un produit manufacturé aussi banal et indistinct qu’un gel douche…

 

Philippe Raoux, rencontre avec un précurseur 

Philippe Raoux, vous êtes propriétaire du Chateau d’Arsac, quelle est votre démarche ? 

Nous avons choisi d’associer art contemporain et vin, le Château d’Arsac est désormais un musée à ciel ouvert abritant les oeuvres de Niki de Saint Phalle, Bernard Pagès ou Jean-Paul Raynaud. C’était un concept novateur en 1986, quand j’ai racheté la propriété, mais qui a, depuis, fait des émules. Cet été dans le Var, par exemple, dans le cadre de la 9e édition d’Art et Vin, 61 caves particulières accueilleront chacune les oeuvres d’un artiste.

Votre nouveau concept, la Winery, vient d’ouvrir. Quelle est sa vocation ?

Il s’agit d’un complexe oenotouristique d’envergure posé à l’entrée du Médoc sur un parc de 26 hectares. Nous avons construit un édifice en verre qui propose 2 000 références de vins français et étrangers dans sa boutique, un restaurant « bistronomique », des paniers pique-nique, un auditorium et des spectacles gratuits en plein air. Les visiteurs peuvent aussi prendre connaissance de leur « signe oenologique » via une séance de dégustation de six vins à l’aveugle accompagnée de dix questions. C’est une manière ludique d’orienter ensuite le client vers les vins qui lui correspondraient le mieux…

C’est une entreprise de séduction ?

Oui et c’est aussi un formidable outil marketing et de fidélisation. Notre but premier n’est pas de vendre immédiatement, sur place, mais d’alimenter notre fichier clients, de trouver les goûts de chacun pour qu’il se tourne ensuite naturellement vers l’un de nos canaux de vente, notamment la VPC. 

En savoir plus

Ou faire de l’oenotourisme ?

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Ballades thématiques dans les vignes, ici, en coccinelle…

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