« Exhibit B », performance anticolonialiste ou exhibition raciste ?

La polémique continue de faire rage en France autour de l’installation-performance de Brett Bailey. Le philosophe et artiste sud-africain blanc engagé depuis toujours contre l’intolérance se voit soupçonné… d’incitation à la haine raciale.

Exhibit B
Il monte son spectacle vivant «Exhibit B» en 2013, à Avignon, puis au CentQuatre, à Paris. Son objectif : susciter une prise de conscience active contre le racisme colonial et sa persistance dans l’Europe occidentale. Il est interrompu dans sa tournée internationale, à Londres, en  septembre dernier, où la pièce est annulée. Et, depuis jeudi dernier, les représentations sont gravement perturbées au Théâtre Gérard-Philippe de Saint-Denis : dans les deux cas, du fait de manifestants… contre le racisme.

En quoi consiste «Exhibit B» ?
C’est une pièce-performance en douze tableaux vivants à travers lesquels déambule le spectateur. Des comédiens noirs enchaînés,  parfois nus, muets, le suivent du regard, mimant ce que certains détracteurs ont appelé un «zoo colonial». L’idée de Brett Bailey et de ses performeurs était pourtant de renvoyer le spectateur à sa propre gêne, lui faire vivre une expérience physique où le plus dénudé serait peut-être lui. Une dénonciation incarnée des actes avilissants commis hier sur les Africains et, aujourd’hui sur les immigrés.

Une pétition contre un spectacle jugé «dégradant »
Dès avant l’ouverture au public d’«Exhibit B» au TGP, une pétition d’opposants avait réuni près de 23 000 signatures pour en interdire l’installation : «…les spectateurs payent pour visiter un à un les Noirs, qui restent silencieux et immobiles. […] Nous voulons exprimer notre opposition indignée à cet événement raciste.» Certains militants de la Brigade antinégrophobie sont même allés jeudi jusqu’à briser les vitres du théâtre.

La parole aux partisans et premiers concernés : les acteurs
Cet extrémisme pose question. D’autant que le travail de Brett Bailey réunit nombre de travailleurs sociaux qui mettent tous les jours les mains dans le cambouis pour faire reculer l’intolérance. Et que les performeurs eux-mêmes, qui sont recrutés sur place, se disent grandis par l’expérience. Ainsi le chanteur Lesley Melvin Du Pont, pour qui : « …ce projet est très important car il s’agit de notre histoire. Je joue une des têtes coupées dans la chorale (voir photo ci-dessus) et, pour moi, c’est quelque chose de très personnel car parmi ceux qui ont eu la tête coupée, il y aurait pu y avoir un de mes arrière-grands-parents. En Namibie, mon pays, personne ne parle de ces choses-là, donc je suis heureux d’avoir la possibilité de transmettre aux autres ce que j’ai appris. »

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